CPF Permis 2026 : Pourquoi l’État sacrifie les plus pauvres | Analyse Dares

Une mesure politique qui pénalise les travailleurs les plus vulnérables

Analyse critique basée sur l'étude officielle Dares Analyses n°26 (Mai 2025) — Janvier 2026

Résumé : Ce que vous devez savoir

Le Projet de Loi de Finances 2026 restreint l'accès au financement CPF du permis B pour les salariés, en le réservant quasi exclusivement aux demandeurs d'emploi. Cette décision s'appuie sur une interprétation biaisée des données de la Dares et pénalisera en priorité les travailleurs précaires.

Paradoxe majeur : l'État maintient le financement intégral du bilan de compétences (1 500 à 2 000 €) alors que ce service peut être assuré gratuitement par l'intelligence artificielle. À l'inverse, aucune technologie ne peut remplacer un moniteur d'auto-école.

1. Ce que dit réellement l'étude Dares (et ce que le gouvernement ignore)

L'étude Dares Analyses n°26 de mai 2025 est la source officielle citée par le gouvernement. Or, une lecture honnête révèle des conclusions bien différentes de celles avancées pour justifier les restrictions.

Les chiffres clés que le gouvernement ne veut pas mettre en avant

Indicateur Dares Chiffre Ce que ça signifie vraiment
Motif professionnel déclaré 78 % La grande majorité a une raison liée au travail
Usage pour activités quotidiennes 74 % Les usages se cumulent, ils ne s'excluent pas
Besoin pour se rendre au travail 49 % Près de la moitié en dépend pour leur trajet
Besoin pour chercher un emploi 36 % Plus d'un tiers pour accéder au marché du travail
Sans moyen de payer (personnes en difficulté) 55 % Plus de la moitié des précaires n'ont aucune alternative
Ont trouvé un emploi grâce au permis 21 % Impact concret et mesurable sur l'insertion

L'interprétation biaisée du Sénat

Le gouvernement et le Sénat ont choisi de mettre en avant uniquement le chiffre de 74 % (usage pour les activités quotidiennes) pour parler de « permis de confort ». Cette lecture est intellectuellement malhonnête car :

  • Les usages professionnels et personnels ne s'excluent pas : on utilise sa voiture pour aller au travail ET pour faire ses courses
  • 78 % avancent au moins un motif professionnel, un chiffre supérieur aux 74 % d'usage personnel
  • 21 % déclarent avoir trouvé un emploi grâce au permis, et 10 % avoir conservé leur poste

2. Les plus pauvres seront les premières victimes de cette réforme

La Dares identifie clairement le profil des bénéficiaires du CPF pour le permis B : ce sont les travailleurs les moins favorisés.

Un public moins diplômé et moins aisé que la moyenne

  • 47 % ont un niveau CAP/BEP ou inférieur (contre 37 % pour l'ensemble des formations CPF)
  • Les employés et ouvriers sont surreprésentés parmi les utilisateurs
  • 33 % se déclarent en difficulté financière (contre 28 % pour l'ensemble)
  • 33 % sont inscrits à France Travail

📊 Le chiffre clé ignoré par le gouvernement :
Parmi les personnes en difficulté financière, 55 % déclarent qu'elles n'auraient pas eu les moyens de participer, même en partie, au financement de leur permis sans le CPF.

En supprimant l'accès au CPF pour les salariés, l'État ne fait pas « économiser » ces personnes : il les prive simplement de toute possibilité d'obtenir le permis de conduire.

La double peine géographique

Les travailleurs précaires habitent généralement dans des zones moins bien desservies par les transports en commun. Même en Île-de-France (43 % des utilisateurs), les transports ne résolvent pas tout :

  • Les trajets « banlieue à banlieue » restent problématiques
  • Les zones industrielles et logistiques sont mal desservies
  • Les horaires décalés (nettoyage, aide à la personne, logistique) rendent la voiture indispensable

3. Le paradoxe du bilan de compétences : l'IA peut le faire gratuitement

Alors que le gouvernement restreint le permis de conduire au nom des « économies », il maintient intégralement le financement du bilan de compétences, facturé entre 1 500 et 2 000 €.

Ce que l'intelligence artificielle peut faire gratuitement

Un bilan de compétences traditionnel consiste principalement à :

  • Analyser les diplômes et l'expérience professionnelle
  • Identifier les compétences transférables
  • Proposer des pistes de métiers et de formations
  • Rédiger un projet professionnel

Aujourd'hui, les IA génératives (Claude, ChatGPT, Gemini, etc.) peuvent réaliser l'ensemble de ces tâches en quelques minutes, gratuitement. Il suffit de fournir son CV et ses contraintes pour obtenir une analyse complète.

🚗 Ce que l'IA ne peut PAS faire :
Aucune intelligence artificielle ne peut remplacer un moniteur d'auto-école. Impossible de s'asseoir à côté d'un élève, freiner en cas de danger, enseigner le point de patinage, ou assumer la responsabilité physique et légale pendant la formation.

Tableau comparatif : Permis B vs Bilan de compétences

Critère Permis B (SUPPRIMÉ) Bilan compétences (MAINTENU)
Coût moyen 908 € - 1 616 € 1 500 € - 2 000 €
Remplaçable par l'IA ? NON - impossible OUI - gratuitement
Compétence technique irremplaçable ? OUI NON
Impact mesuré sur l'emploi 21 % trouvent un emploi Non mesuré
Utilisateurs en difficulté financière 33 % 28 %

L'État finance massivement une prestation intellectuelle que l'IA rend obsolète, tout en supprimant l'aide à une formation technique irremplaçable.

4. L'argument de « l'effet d'aubaine » : un raisonnement à géométrie variable

Le gouvernement justifie la restriction en citant la Dares : « 64 % des entrants auraient tout de même préparé le permis sans le CPF ». C'est ce qu'on appelle un « effet d'aubaine ».

Pourquoi cet argument n'est-il pas appliqué au bilan de compétences ?

Si l'État supprimait le financement CPF du bilan de compétences, combien de personnes sortiraient 2 000 € de leur poche pour le faire ?

Quasiment personne.

L'effet d'aubaine du bilan de compétences est proche de 100 % : c'est l'argent public qui crée artificiellement la demande. Sans le CPF, tout le secteur (consultants, coachs, centres de formation) s'effondrerait.

💡 Le calcul cynique :
• On coupe le permis parce que les gens paieront quand même (par nécessité vitale)
• On maintient le bilan parce que sans l'État, personne ne paierait (et le lobby de la formation s'effondrerait)

C'est une logique purement comptable : on taxe la nécessité et on subventionne l'optionnel.

5. Les vraies données de la Dares : un taux de réussite supérieur

La Dares démontre que le CPF n'est pas un « gaspillage » mais un investissement efficace :

Examen Taux de réussite via CPF Moyenne nationale Écart
Code de la route 92 % 55 % +37 points
Examen de conduite 76 % 58 % +18 points

Ces chiffres prouvent que le financement CPF produit des résultats concrets et mesurables, bien supérieurs à la filière traditionnelle.

Conclusion : Une mesure politique, pas économique

La restriction du financement CPF pour le permis de conduire est une mesure politique qui :

  1. S'appuie sur une lecture biaisée des données de la Dares, ignorant que 78 % des utilisateurs ont un motif professionnel
  2. Pénalise les travailleurs les plus précaires, dont 55 % n'ont aucun autre moyen de financer leur permis
  3. Maintient paradoxalement le financement de prestations intellectuelles (bilan de compétences) que l'IA peut assurer gratuitement
  4. Supprime l'aide à une formation technique (conduite automobile) qu'aucune technologie ne peut remplacer
  5. Applique l'argument de « l'effet d'aubaine » de manière sélective, uniquement là où les citoyens n'ont pas le choix

En résumé : l'État choisit de couper l'aide là où elle est la plus nécessaire (le permis) précisément parce que les citoyens paieront de toute façon, tout en maintenant l'aide là où elle est optionnelle (le bilan) parce que sans financement public, ce marché n'existerait pas.

Questions fréquentes sur la réforme CPF 2026

Peut-on encore financer son permis avec le CPF en 2026 ?

Oui, mais uniquement pour les demandeurs d'emploi. Les salariés en poste ne pourront plus utiliser leur CPF seul pour financer le permis B. Un cofinancement de l'employeur ou de l'OPCO sera exigé.

Pourquoi le gouvernement restreint-il le permis CPF ?

Le gouvernement invoque un « effet d'aubaine » : 64 % des personnes auraient passé le permis même sans le CPF. L'objectif est de réduire les dépenses publiques (264 millions d'euros par an). Cependant, cette mesure ignore que 55 % des personnes en difficulté financière n'ont aucun autre moyen de financer leur permis.

Le bilan de compétences reste-t-il financé par le CPF ?

Oui, le bilan de compétences (1 500 à 2 000 €) reste intégralement finançable par le CPF. Paradoxalement, ce service peut aujourd'hui être réalisé gratuitement par l'intelligence artificielle, contrairement au permis de conduire qui nécessite obligatoirement un moniteur humain.

Quel est le taux de réussite au permis via le CPF ?

Selon la Dares, le taux de réussite à l'examen de conduite via le CPF est de 76 %, contre 58 % pour la moyenne nationale. Pour le code de la route, il atteint 92 % contre 55 % en moyenne. Le CPF produit donc des résultats nettement supérieurs.

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